La pluie tropicale, bibliothèque génétique insoupçonnée des forêts. Des chercheurs internationaux viennent de faire une découverte remarquable : l’eau de pluie qui traverse la canopée des forêts tropicales contient une multitude de traces d’ADN appartenant aux espèces qui y vivent. Cette méthode révolutionnaire, publiée récemment dans une étude scientifique, ouvre des perspectives inédites pour l’étude de la biodiversité dans des écosystèmes jusqu’alors difficiles d’accès.
Une solution élégante à un problème complexe
Les forêts tropicales, avec leurs différentes strates de végétation atteignant parfois plusieurs dizaines de mètres, ont longtemps représenté un défi majeur pour les scientifiques. L’étude de leur canopée nécessitait traditionnellement des infrastructures lourdes comme des tours d’observation ou l’utilisation de techniques d’escalade potentiellement perturbantes pour ces environnements fragiles.
La nouvelle approche, basée sur l’analyse de l’ADN environnemental présent dans l’eau de pluie, offre une alternative non invasive et remarquablement efficace. Lorsque la pluie traverse les différentes couches de la forêt, elle collecte naturellement des fragments biologiques contenant de l’ADN : écailles de peau, pollen, spores fongiques, excréments d’insectes et autres débris organiques.
Une méthodologie rigoureusement testée
Pour valider leur méthode, les chercheurs ont mené leur expérience dans les forêts anciennes de Guyane française, en Amazonie. Ils ont également collecté des échantillons dans une plantation voisine, offrant ainsi un point de comparaison avec un écosystème simplifié et moins diversifié.
Pour comprendre précisément le fonctionnement de leur approche, l’équipe a même pulvérisé du jus de carotte dans la canopée comme marqueur génétique artificiel. Ils ont ensuite suivi sa présence dans l’eau de pluie sur plusieurs semaines, permettant de déterminer la durée pendant laquelle l’ADN reste détectable après son dépôt initial.
Une richesse biologique révélée en quelques gouttes
Les résultats ont dépassé les attentes. En seulement dix jours de collecte, les scientifiques ont identifié un éventail stupéfiant d’espèces dans ces simples gouttes d’eau. L’analyse a révélé la présence d’ADN appartenant à :
– Diverses espèces végétales
– Des mammifères, incluant singes et chauves-souris
– De nombreuses espèces d’oiseaux
– Des amphibiens
– Une multitude d’insectes
Plus surprenant encore, les chercheurs ont même détecté l’ADN de poissons, probablement présent dans les excréments d’animaux piscivores.
Un outil de mesure de l’impact humain
La comparaison entre la forêt naturelle et la plantation adjacente a fourni des données particulièrement parlantes. La diversité taxonomique s’est révélée 1,5 à 2 fois plus élevée dans la forêt primaire, avec 155 taxons de plantes contre 111 dans la plantation, 61 taxons de vertébrés contre 32, et 276 taxons d’insectes contre 153.
Ces contrastes marqués démontrent le potentiel de cette méthode pour évaluer l’impact des activités humaines sur la biodiversité forestière, un enjeu crucial à l’heure où les écosystèmes tropicaux subissent des pressions croissantes.
Une précision spatiale et temporelle
L’étude a également permis de définir les paramètres clés de cette méthode innovante. Les signaux génétiques restent détectables pendant 8 à 20 jours en moyenne, et la zone d’échantillonnage se limite à quelques dizaines de mètres autour du point de collecte, assurant ainsi une précision géographique satisfaisante.
Cette approche, non invasive et relativement simple à mettre en œuvre, pourrait révolutionner notre capacité à surveiller la biodiversité dans des écosystèmes jusqu’alors difficiles d’accès, offrant un nouvel espoir pour la conservation des forêts tropicales et la découverte d’espèces encore inconnues.
Salut, c’est Alexis, rédacteur de Seek & Look. J’explore et décrypte l’actualité scientifique, les découvertes marquantes et les innovations qui façonnent notre avenir.