Même après une amputation, le cerveau continue de “voir” le membre disparu

Le cerveau humain conserverait sa “carte corporelle” même après une amputation, selon une découverte majeure qui vient bouleverser les théories établies sur la neuroplasticité. Des chercheurs internationaux ont démontré que les zones cérébrales continuent de représenter les membres amputés plusieurs années après leur perte, ouvrant de nouvelles perspectives pour le traitement des douleurs fantômes et le développement de prothèses bioniques.

Une idée reçue remise en question

Jusqu’à présent, la communauté scientifique était convaincue qu’après une amputation, le cerveau se réorganisait drastiquement : les zones cérébrales dédiées au membre perdu étaient supposément “colonisées” par les régions voisines. Une équipe internationale de chercheurs de l’Université de Pittsburgh et de l’Université de Cambridge vient de publier des résultats qui contredisent formellement cette théorie.

“Cette découverte résout un paradoxe fondamental”, expliquent les scientifiques. En effet, si le cerveau se réorganisait complètement après une amputation, comment expliquer que les patients continuent de ressentir leur membre absent pendant des décennies?

Une méthodologie inédite

L’originalité de cette recherche réside dans son approche longitudinale. Pour la première fois, les scientifiques dirigés par la professeure Tamar Makin ont cartographié l’activité cérébrale de trois patients avant leur amputation programmée, puis à plusieurs reprises après l’intervention – à trois, six et dix-huit mois.

Grâce à l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), les chercheurs ont observé l’activité cérébrale pendant que les participants effectuaient différents mouvements, comme bouger les doigts ou serrer les lèvres. Les résultats sont sans appel : les régions cérébrales qui contrôlaient autrefois la main amputée sont restées remarquablement stables, sans être “envahies” par les zones voisines.

Des implications thérapeutiques majeures

Cette découverte explique pourquoi certaines approches thérapeutiques, basées sur l’hypothèse d’une réorganisation cérébrale, se sont révélées peu efficaces pour traiter les douleurs fantômes. Ces sensations douloureuses, ressenties dans un membre qui n’existe plus, touchent jusqu’à 80% des personnes amputées.

Les chercheurs suggèrent désormais une voie plus prometteuse : intervenir directement sur les nerfs lors de l’amputation pour prévenir la transmission des signaux douloureux. Cette approche chirurgicale, combinée à la compréhension que le cerveau maintient sa “carte corporelle” originelle, pourrait révolutionner la prise en charge des patients amputés.

Vers des prothèses plus intuitives

Cette stabilité de la représentation cérébrale offre également des perspectives intéressantes pour le développement de prothèses bioniques. Si le cerveau conserve sa cartographie d’origine, il devient théoriquement plus simple de concevoir des interfaces cerveau-machine capables d’interpréter les signaux neuronaux destinés au membre absent.

“Le cerveau est comme un système qui attend que la connexion soit rétablie”, illustre l’un des chercheurs. Cette découverte pourrait ainsi accélérer le développement de prothèses contrôlées par la pensée, offrant aux personnes amputées un contrôle plus naturel et intuitif de leurs membres artificiels.

Alexis

Salut, c’est Alexis, rédacteur de Seek & Look. J’explore et décrypte l’actualité scientifique, les découvertes marquantes et les innovations qui façonnent notre avenir.

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